domingo, enero 20, 2008

einestages.spiegel.de

Les internautes allemands invités à enrichir la mémoire collective
LE MONDE 18.01.08 16h13 • Mis à jour le 18.01.08 16h13
BERLIN CORRESPONDANCE

Les rédacteurs en chef de Einestages.de ("Un de ces jours") assurent que le concept de ce site, lancé par l'hebdomadaire Der Spiegel, aurait pu naître ailleurs qu'en Allemagne - en Russie ou en France par exemple. Il n'en reflète pas moins un goût typiquement allemand pour l'histoire et la mémoire.
L'idée est de collecter sur Internet les témoignages de tout un chacun sur des sujets d'histoire contemporaine, afin de constituer une mémoire nationale collective accessible à tous. "Nous voulions créer un instrument intermédiaire entre les forums, où les internautes discutent entre eux de faits historiques, et un site d'information journalistique tel que celui du Spiegel, où les sujets d'histoire contemporaine sont de plus en plus fréquents", explique Florian Harms, corédacteur en chef, avec Hans Michael Kloth, de Einestages.de. Les deux journalistes sont d'ailleurs historiens de formation.
Depuis octobre 2007, les Allemands peuvent donc, après avoir accédé au site, raconter leurs souvenirs ou livrer leur récit personnel de tel ou tel événement, qu'il relève de la culture populaire, tel l'avènement du Walkman ou celle du rap allemand, ou de thématiques plus graves comme le IIIe Reich ou la partition de l'Allemagne. Il rassemble 8 000 membres et est consulté 20 millions de fois par mois.

OUTIL DE TRAVAIL
Si l'authenticité des faits évoqués est vérifiée par l'équipe rédactionnelle du site avant leur mise en ligne, le style du récit, lui, est préservé, afin de lui garder son caractère de témoignage. Quelque 600 thèmes proposés par l'équipe d'Einestages ont déjà inspiré les internautes. Ces derniers sont invités à contribuer à l'envoi de photos ou de vidéos, l'histoire se racontant aussi en images.
Parmi les thèmes plébiscités, le Mondial de football 2006 ou les événements de Mai-68 arrivent en bonne place. "Tout le monde a quelque chose à dire, poursuit Florian Harms. Notre propos n'est pas de rivaliser avec Wikipedia, mais de faire partager des trésors cachés." Même s'il aborde l'Histoire par le biais de la "petite" histoire, Einestages.de, qui fonctionne en partenariat avec des institutions aussi prestigieuses que les Archives nationales ou la Photothèque allemande, a vite fait preuve de son sérieux.
"Pour les professionnels, il s'agit d'un véritable outil de travail", s'enthousiasme Klaus-Peter Sick, historien au Centre Marc-Bloch de Berlin. Pour lui, le site relève de ce courant de l'historiographie que l'on nomme "oral history" et "servira peut-être un jour de banque de données utile à la recherche".
Site Internet : einestages.spiegel.de.
Lorraine Rossignol
Article paru dans l'édition du 19.01.08